Milim, les petites histoires qui font la grande
Que signifie vieillir ? Cette question est au cœur de la nouvelle exposition photographique de Nikos Aliagas au Musée de l’Homme à Paris, intitulée "Les Grands Ages" . A travers 54 clichés de personnes âgées, il interroge, aux côtés du biodémographe Samuel Pavard, la place que les humains font au vieillissement par rapport à d’autres espèces.
Pour Nikos Aliagas, vieillir ne signifie pas décliner, mais transmettre, et aussi résister. Sa galerie de portraits rend hommage à celles et ceux dont il a un instant croisé la route. Comme il l’a bien expliqué lors du vernissage, toutes ces séances photos ont été des rencontres où chacun a tendu un miroir à l’autre, d’un état passé et d’un état à venir. Sa grand-mère lui disait d’ailleurs : « Là où tu étais, j’étais. Là où je suis, peut-être que tu seras. »
Une exposition qui éclaire le grand âge d’un regard optimiste et qui est accompagnée d’informations scientifiques et anthropologiques passionnantes, qui résonnent bien sûr avec notre travail de biographes chez Studio Milim.
Elisa Azogui-Burlac et Myriam Levain
À lire : Les enfants savent, de Pauline Delassus et Laurent Joffrin (Grasset)
Jean-Pierre Mouchard, né dans l’ancien empire colonial, fut l’ami de Jean-Marie Le Pen et son associé, souvent, et le patriarche d’une famille blessée, comme scindée par l’histoire. Conter le destin fitzgeraldien de cet homme et de son temps, c’est le projet de Laurent Joffrin, son fils ; et de Pauline Delassus, sa petite-fille. Ensemble, ils nous offrent à quatre mains, un projet étourdissant : une famille travaillée par le secret car, comme chacun sait, quand on ne dit rien, « les enfants savent ».
Ecume d’hiver, d’Anne-Solange Muis (Phebus)
Dans le village de Miquelon, l’hiver a tout effacé et l’horizon n’existe plus. C’est ici que sont nés Michel et Jean, deux frères qui vivent de la pêche traditionnelle à la morue. Mais un soir de grand froid, Jean disparaît. Son sort va alors sceller le destin de son fils Yoann, contraint à revenir sur l’île qu’il avait quittée enfant. À travers des chapitres composés comme des tableaux, Anne-Solange Muis plonge le lecteur dans les paysages et les légendes de Saint-Pierre-et-Miquelon, ce bout de France perdu aux confins de l’Atlantique Nord, décor immense d’une vibrante histoire de transmission.
Cette folle envie de tuer, de Camilla Barnes (Flammarion)
Après avoir passé toute leur vie à Oxford, les parents de Miranda, retraités, ont élu domicile dans un manoir décati de l’ouest de la France où ils cohabitent avec deux lamas, huit canards, cinq poules et deux chats. Si la mère de Miranda dirige la maisonnée d’une main de fer, son père, en bon philosophe, reste stoïque et persiste à faire comme cela lui chante, mais en douce, sa rébellion (et son courage) se limitant à ses reparties incisives. Ces séjours auxquels Miranda s’astreint font l’objet d’une correspondance désopilante avec sa sœur et sa fille, où elle leur avoue cette folle envie de tuer qui parfois la saisit et dépeint une famille aussi excentrique qu’attachante.
Tendre Maroc, d’Emmanuelle de Boysson (Calmann-Levy)
Dans la maison de campagne familiale, Emma retrouve les vieux agendas de sa mère. Et le souvenir de son enfance au Maroc, à Mohammedia. Une enfance heureuse, privilégiée. Même si Emma, timide et rêveuse, ne cesse de chercher l’affection de Blanche, une mère fascinante, plus préoccupée par les défavorisés que par les siens. Plus tard, la jeune fille, alors pensionnaire à Casablanca, se met à écrire. Dans ce roman, Emmanuelle de Boysson ressuscite un temps perdu où chaque instant est une aventure et s’interroge sur la force de la transmission.
Ravie au monde, de Nelly Mousset-Vos et Sylvie Bianchi-Vos (Les Léonides)
Au début des années 2000, la mère de Sylvie lui remet un journal : celui de sa grand-mère Nelly, résistante belge emprisonnée en 1943, puis déportée dans les camps. Cet échange se fait entre deux portes, vite, trop vite, sur le ton du secret – les deux femmes n’en reparleront jamais. Quinze ans plus tard, le passé rattrape Sylvie : un documentariste s’intéresse à l’histoire d’amour entre sa grand-mère et l’espionne chinoise Nadine Hwang, également envoyée à Ravensbrück. Sylvie ouvre enfin les malles entreposées au grenier, et y découvre un trésor : des centaines de photos parfaitement conservées, plus d’un millier de lettres… et, surtout, le journal de captivité. Dans ce témoignage d’une grande force littéraire, Nelly raconte le supplice de la vie de déportée mais également la camaraderie et la solidarité entre prisonnières, les scènes d’opéra improvisées – et, évidemment, Nadine.
La maison du Kintsugi, de Sanae Hoshio (Calmann-Levy)
La jeune Mao vit avec sa grand-mère, une spécialiste du kintsugi, l’art de réparer la céramique à l’aide de laque et de poudre d’or. Un jour, poussée par la curiosité, elle s’essaye à ce savoir-faire ancestral et se prend au jeu. Elle va aussi en apprendre plus sur sa grand-mère : sa jeunesse après la guerre dans une petite ville berceau du kintsugi ; son désir de maîtriser cette technique alors réservée aux hommes ; un rêve auquel elle a dû renoncer. De Tokyo à Takayama, des ateliers d’artisans aux forêts d’arbres à laque, petite-fille et grand-mère partent sur les traces du passé le temps d’un été inoubliable.
L’agenda idéal, de Patricia Reznikov (Grasset)
À la disparition de sa mère Judith, avec laquelle elle avait noué depuis toujours une relation difficile, Læticia doit inventorier et débarrasser l’appartement familial. Elle y découvre, laissé en évidence, l’agenda de 1961 de sa mère, comme s’il avait été placé là pour qu’elle prenne connaissance de l’année mystérieuse de sa conception. Descendante d’une famille juive russe qui a fui les pogroms pour s’exiler aux États-Unis, Judith est l’héritière d’une histoire complexe, parfois douloureuse, où le désir et la mélancolie de l’exil, les plaisirs de la vie et du langage, les ambitions intellectuelles, les rêves et les non-dits ont façonné une mythologie dont ce minuscule objet devient le lieu de mémoire. Elle y a confié beaucoup d’elle, comme pour laisser, des décennies plus tard, un ultime message de réconciliation à cette fille non désirée qui a bouleversé le cours de son existence.
Chères marâtres, de Solenn Bardet et Marion Chancerel (La boîte à bulles)
Qu’il s’agisse de la belle-mère de Blanche-Neige ou de celle de Cendrillon, les marâtres sont souvent cantonnées au rôle de femme aigrie, méchante quand elles ne sont pas dépeintes comme de véritables sorcières. Alors quand Samuel propose à Gwen de s’installer avec lui et sa fille de 14 ans, Gwen convoque une assemblée extraordinaire composée de femmes qui sont – ou ont été – marâtres. De la belle-mère "jetable" à la belle-mère dépassée en passant par la marâtre épanouie, elles vont tour à tour lui raconter leur parcours. Composée à partir de témoignages, cette BD donne la parole à des femmes ayant peu voix au chapitre et qui ont pourtant beaucoup à dire sur la famille.
À écouter : Mon héroïne, d’Audrey Bissonnier Chazal (Arte Radio)
Audrey avait 11 ans quand ses parents toxicomanes ont été fauchés par le sida au début des années 1990. Longtemps elle les a idéalisés, faisant de sa mère une jeune aristocrate devenue junkie, une héroïne rock égarée dans les années 1980, et de son père un photographe curieux de tout et n’ayant peur de rien. Mais en devenant mère à son tour, cette idéalisation s’est transformée en colère. Une question se met alors à la hanter : que va-t-elle transmettre à sa fille de son histoire, dont les souvenirs sont à la fois flous et terrifiants ? C’est cette urgence intime qui déclenche en elle la volonté d’enquêter sur sa mère, une figure absente et pourtant omniprésente.
À voir au cinéma: Rue Malaga, de Maryam Touzani
Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l'appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l'a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d'une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l'amour et le désir.
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Parce que ce sont nos petites histoires qui font la grande.
Par Elisa Azogui-Burlac et Myriam Levain